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S’isoler dans un silence studieux pour lire, écrire et méditer en toute sérénité.
Pièce au calme, face au Crotoy, de l’autre côté de la Baie.

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Quelques écrivains de la Baie de Somme

Victor Hugo

Extrait «Victor HUGO – Œuvres complètes – Voyages»
Collection Bouquins, Éditions Robert LAFFONT

« Hier, j’ai fait à pied une excursion au Crotoy, charmant petit port vis-à-vis St-Valéry, à l’embouchure de la Somme. Au moment où j’arrivais, c’était le départ des barques, chose toujours admirable et toujours nouvelle. Toutes les voiles, dessinées nettement par les angles, s’enlevaient en noir sur le ciel et sur la mer qui éblouissaient. »

France et Belgique (1837, Lettre XII, Du Tréport, 6 septembre)
« Le port de St-Valéry était charmant au crépuscule. On distinguait au loin les dunes du Crotoy et, comme une nébulosité blanchâtre, les vieilles tours arrachées et démolies au pied desquelles j’avais dessiné deux jours auparavant. »

France et Belgique (1837, Lettre XIII, Dieppe, 8 septembre)

« Je vous écris ceci dans la rue même du village. J’y suis seul. Les habitants sont dans les maisons, comme s’ils y faisaient une espèce de sieste. A peine entends-je un gazouillement d’enfants dans les cours voisines. Le ciel est de ce bleu tendre qui fait rêver. Jamais du reste poète ne fut mieux placé pour avoir une vision. J’ai à ma gauche un vieux puits et l’océan à ma droite, si bien que je pourrais voir surgir subitement la beauté à ma droite et à ma gauche la vérité. »

France et Belgique (1837, Fragment n° II, Le Bourg-d’Ault ou Le Crotoy, Voyage)

En 1949 Victor Hugo offre à Juliette un dessin représentant la Baie, au bas duquel figuraient ces vers…

« Ô souvenir ! beaux jours, douces heures passées, Rappelle-toi ce ciel, ces murs, ces grands tableaux, Quand nous laissions errer, confondant nos pensées, Nos pas sur ces rochers, nos âmes sur les flots… »

Oceano nox

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis ?
Combien ont disparu, dure et triste fortune ?
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfoui »

Jules Verne

En 1825 , C’est face à la mer qu’il écrira son roman 20000 lieues sous les mers. Il écrit :
« Il n’est plus sur la terre. La mer lui suffit, mais il faut que la mer lui fournisse tout ; vêtements et nourriture. Jamais il ne met le pied sur un continent. »

Il fera construire son bateau le Saint-Michel, s’inspirera de la Baie de Somme et du Crotoy pour plusieurs autres romans : dont l’Ile mystérieuse dont certains lieux sont situés au Crotoy.

Colette

« Beau temps. On a mis tous les enfants à cuire ensemble sur la plage. Les uns rôtissent sur le sable sec, les autres mijotent au bain-marie dans les flaques chaudes. La jeune maman, sous l’ombrelle de toile rayée, oublie délicieusement ses deux gosses et s’enivre, les joues chaudes, d’un roman mystérieux, habillé comme elle de toile écrue…
– Maman !…
– …
– Maman, dis donc, maman !…
Son gros petit garçon, patient et têtu, attend, la pelle aux doigts, les joues sablées comme un gâteau…
– Maman, dis donc, maman…
Les yeux de la liseuse se lèvent enfin, hallucinés, et elle jette dans un petit aboiement excédé :
– Quoi ?
– Maman, Jeannine est noyée, répète le bon gros petit garçon têtu.
Le livre vole, le pliant tombe…
– Qu’est-ce que tu dis, petit malheureux ? ta soeur est noyée ?
– Oui. Elle était là, tout à l’heure, elle n’y est plus. Alors je pense qu’elle s’est noyée.
La jeune maman tourbillonne comme une mouette et va crier… quand elle aperçoit la « noyée » au fond d’une cuve de sable, où elle fouit1 comme un ratier…
– Jojo ! tu n’as pas honte d’inventer des histoires pareilles pour m’empêcher de lire ? Tu n’auras pas de chou à la crème à quatre heures !
Le bon gros écarquille des yeux candides2.
– Mais c’est pas pour te taquiner, maman ! Jeannine était plus là, alors je croyais qu’elle était noyée.
– Seigneur ! il le croyait !!! et c’est tout ce que ça te faisait ?
Consternée, les mains jointes, elle contemple son gros petit garçon, par-dessus l’abîme qui sépare une grande personne civilisée d’un petit enfant sauvage… »

« Ce doux pays, plat et blond, serait-il moins simple que je l’ai cru d’abord ? J’y découvre des mœurs bizarres : on y pêche en voiture, on y chasse en bateau […] Étrange, pour qui ignore que le gibier s’aventure au-dessus de la baie et la traverse, du Hourdel au Crotoy, du Crotoy à Saint-Valery ; étrange, pour qui n’a pas grimpé dans une de ces carrioles à larges roues, qui mènent les pêcheurs tout le long des vingt-cinq kilomètres de la plage, à la rencontre de la mer…
[…] le soleil peut se coucher tranquillement au-delà de la baie de Somme, désert humide et plat où la mer, en se retirant, a laissé des lacs oblongs, des flaques rondes, des canaux vermeils où baignent les rayons horizontaux… La dune est mauve, avec une rare chevelure d’herbe bleuâtre, des oasis de liserons délicats dont le vent déchire, dès leur éclosion, la jupe-parapluie veinée de rose…
Les chardons de sable, en tôle azurée, se mêlent à l’arrête-bœuf, qui pique d’une épine si courte qu’on ne se méfie pas de lui. Flore pauvre et dure, qui ne se fane guère et brave le vent et la vague salée […]
Pourtant, çà et là, verdit la criste-marine, grasse, juteuse, acidulée, chair vive et tendre de ces dunes pâles comme la neige…[…]
La baie de Somme, humide encore, mire sombrement un ciel égyptien, framboise, turquoise et cendre verte. La mer est partie si loin qu’elle ne reviendra peut-être plus jamais ? Si, elle reviendra, traîtresse et furtive comme je la connais ici. On ne pense jamais à elle. On lit sur le sable, on joue, on dort, face au ciel, jusqu’au moment où une langue froide, insinuée entre vos orteils, vous arrache un cri nerveux : la mer est là, toute plate, elle a couvert ses vingt kilomètres de plage avec une vitesse silencieuse de serpent. Avant qu’on l’ait prévue, elle a mouillé le livre, noirci la jupe blanche, noyé le jeu de croquet et le tennis. Cinq minutes encore, et là voilà qui bat le mur de la terrasse, d’un flac-flac doux et rapide, d’un mouvement soumis et content de chienne qui remue la queue…
Un oiseau noir jaillit du couchant, flèche lancée par le soleil qui meurt. Il passe au dessus de ma tête avec un crissement de soie tendue et se change, contre l’est obscur, en goéland de neige… »

Colette, « En baie de Somme », « Partie de pêche », Les Vrilles de la vigne, Romans, récits, souvenirs (1900-1919), Robert Laffont, Collection Bouquins

Anatole France

Lettre à Pierre Nozière
Saint-Valery-sur-Somme, vendredi 13 août.

« De la chambre où j’écris, on découvre toute la baie de la Somme, dont le sable s’étend à l’horizon jusqu’aux lignes bleuâtres du Crotoy et du Hourdel. Le soleil, en s’inclinant, enflamme le bord des grands nuages sombres. La mer monte et déjà, du côté du large, les bateaux de pêche s’avancent avec le flot. Sous ma fenêtre, des barques amarrées au bord du chenal portent à leur mât, au lieu de voilure, des filets qui sèchent. Cinq ou six pêcheurs, plongés à mi-corps dans la maigre rivière, épient le poisson qu’autour d’eux des rabatteurs effrayent en frappant l’eau à grands coups de gaule. Ces pêcheurs sont armés d’une baguette pointue dont ils piquent adroitement leur proie. Chaque fois qu’ils lèvent hors de l’eau leur arme flexible, on voit briller à la pointe une sole transpercée.
Un vent sale fait voltiger les papiers sur ma table et m’apporte une âcre odeur de marée. Des troupes innombrables de canards nagent sur le bord du chenal et jettent à plein bec dans l’air leur coin coin satisfait. Leurs battements d’ailes, leurs plongeons dans la vase, leur dandinement quand ils vont de compagnie sur le sable, tout dit qu’ils sont contents. Un d’eux repose à l’écart, la tête sous l’aile. Il est heureux. À la vérité, on le mangera un de ces jours. Mais il faut bien finir ; la vie est enfermée dans le temps. Et puis le malheur n’est pas d’être mangé. Le malheur, c’est de savoir qu’on sera mangé ; et il ne s’en doute pas. Nous serons tous dévorés ; nous le savons, nous ; la sagesse est de l’oublier.
Suivons la digue, pendant que la mer, qui a déjà couvert les bancs de Cayeux et du Hourdel, entre dans la baie par de rapides courants et ramène la flottille des pêcheurs de crevettes. Nous avons à notre gauche les remparts, que la Somme et la mer baignaient naguère, et dont les vieux grès ont été couverts par l’embrun d’une rouille dorée. L’église élève sur ces remparts ses cinq pignons aigus, percés, au XVe siècle, de grandes baies à ogives, son toit d’ardoises en forme de carène renversée, et le coq de son clocher. Au XIe siècle, il y avait là une autre église qui avait aussi sa girouette. Au mois de septembre 1066, Guillaume le Bâtard venait ici chaque matin consulter avec inquiétude le coq du clocher. Son ost, composé de soixante-sept mille combattants, sans compter les valets, les ouvriers et les pourvoyeurs, attendait proche la ville ; sa flotte, échappée à un premier naufrage, mouillait dans la baie. Quinze jours durant, le vent, soufflant du nord, retint au port cette multitude d’hommes et de barques. Le Bâtard, impatient de conquérir l’Angleterre sur Harold et les Saxons, s’affligeait d’un retard pendant lequel ses navires pouvaient s’avarier et son armée se disperser. Pour obtenir un vent favorable, il ordonna des prières publiques et fit promener dans le camp la châsse de saint Valery. Ce bienheureux, sans doute, n’aimait pas les Saxons, car aussitôt le vent tourna et la flotte put appareiller.
Quatre cents navires à grandes voiles et plus d’un millier de bateaux de transport s’éloignèrent de la rive au même signal. Le vaisseau du duc marchait en tête, portant en haut de son mât la bannière envoyée par le pape et une croix sur son pavillon.
Ses voiles étaient de diverses couleurs, et l’on y avait peint en plusieurs endroits trois lions, enseigne de Normandie. À la proue était sculptée une tête d’enfant tenant un arc tendu avec la flèche prête à partir.
Ce départ eut lieu le 29 septembre. Huit jours après, Guillaume avait conquis l’Angleterre.
Une rampe monte en serpentant à une vieille porte de la ville qui reste debout, flanquée de ses deux tours décrénelées que fleurissent de petits œillets roses. Une de ces tours garde encore, sous les herbes folles et les fleurs sauvages, sa couronne de mâchicoulis. Une bonne femme plante des choux au pied de cette ruine. L’hiver, il pleut de grosses pierres dans son jardin. Sa maisonnette, assise sur d’antiques souterrains, se fend et fait mine de s’abattre à chaque éboulement. Pourtant, la bonne créature admire la porte Guillaume ; elle l’aime. « Sûrement, elle me tuera un jour, me dit-elle, mais tout de même, elle est fière ! »

Calmann-Lévy, pp 202-206

Quelques peintres de la Baie de Somme

Richard Parkes Bonnington

Il cherche à montrer la nature telle que nos yeux les voient, il peint le port, les pêcheurs à Saint Valery sur Somme et au Crotoy.
La côte picarde près de Saint-Valery-sur-Somme 1826, eaux fortes sur Saint Valery ou le Crotoy, vue sur l’embouchure de la Somme
Bonnington Saint Valery sur Somme eau forte gravée Musée Boucher de Perthes Abbeville Autres œuvres : Chantiers ou Maison de la Ferté

Eugène Boudin

Coucher de soleil à Saint-Valery sur Somme (chateau musée Boulogne sur mer) Catalogue d’exposition, Eugène Boudin 1824-1898, musée Eugène Boudin, Honfleur,1992
« …/…le Crotoy est beau du côté des dunes. »
expose en 1892 deux tableaux de vues de Saint-Valery

Edgar Degas

Rue de village, Saint-Valery sur Somme, huile, 1896-1898

Georges Seurat

Le Crotoy en 1889 en Baie de Somme Le Crotoy, amont 1889 et une marée basse

Henri de Toulouse-Lautrec

Le Crotoy plusieurs séjours de 1887 à 1900 , Portrait de Maurice Joyant en baie de Somme

Louis Braquaval

Moulins près du Crotoy musée Auvers sur Oise

Louis Gamain

Vue de Saint Valery, musée Boucher de Perthes, Abbeville, 1863

Alfred Manessier

Le peintre sans conteste de la Baie de Somme : de sa prime jeunesse juqu’en 1993 il fréquentera la Baie de Somme et surtout Le Crotoy

Ses oeuvres consacrées à la Baie sont très nombreuses :
Les Baie de Somme 1948, 1953,…
Série Sables, 1981-1983
Série Galets 1977





Noyelles-sur-Mer-20130525-00555
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Richard Parkes Bonington

La Ferté, Saint-Valery-sur-Somme